• Karine Boileau

La crise de la quarantaine 2020

Mis à jour : 12 juin 2020


Aujourd’hui, il faut que je me parle. ‘Quarantaine’. ‘Confinement’. ‘Isolement’. C’est quand même pas des mots tellement légers, et je sais pas pour vous, mais moi ça commence à me rentrer dedans. J’ai de la misère à me gérer. Je soupçonne la lune et mon cycle féminin de me jouer des tours, mais ça c’est une autre histoire.


J’ai le blues de la quarantaine, et même si tout va quand même merveilleusement bien, j’ai de la difficulté à accepter qu’en ce moment, je me sens grise et lourde. Je suis moins inspirée, plus anxieuse. On valorise tellement la bonne humeur, l’optimisme, la gratitude, mais des fois, c’est correct aussi de se sentir à l’envers. On est humain et si on avait le contrôle sur nos sentiments, on choisirait forcément de toujours être sur un high.


Aujourd’hui, j’écris pour te dire que t’as le droit.


T’as le droit d’avoir peur pour ta grand-mère qui vit dans un centre de personnes âgées où il y a des délinquants qui se sauvent par la porte d’en arrière! T’as le droit d’avoir peur pour ta fille qui est enceinte de son premier petit bébé d’amour et à qui tu souhaites une grossesse sans risque. T’as le droit d’être nerveux/se quand quelqu’un tousse à côté de toi l’épicerie, même s’il est à plus de deux mètres de distance et que vous vous êtes tous les deux faits aspergés de Purel à votre arrivée. C’est correct. T’as le droit de te sentir overwhelmed par toutes les précautions mises en place et t’as le droit de ne pas comprendre pourquoi on t’interdit de faire des soupers de famille même si personne ne fait de la fièvre.

T’as le droit d’être déçu(e) que ton party de fête (ou pire, ton mariage!) soit annulé. T’as le droit de t’ennuyer de tes parents qui sont récemment revenus de voyage et d’être triste parce que tu n’as pas encore eu la chance de les serrer dans tes bras. T’as le droit d’être déçu(e) que la croisière que tu attendais depuis tellement longtemps a été annulée ou d’être débiné(e) parce que les rénos de ta salle de bain vont prendre trois fois plus de temps à finir. T’as le droit d’être anxieux, de prendre ta température 14 fois par jour. T’as le droit de te sentir comme un lion en cage, de te demander ça va être quoi les répercussions à long terme. C’est un fait connu que chialer va pas aider, mais t’as le droit de t’exprimer quand même, et de l’avouer si tu te sens impuissant(e), soumis(e) et même, un peu désemparé(e).



Ici, depuis le début, on s’amuse. C’est pas mal vindredi à tous les jours. On a cuisiné, on a écouté des séries, on a pris de belles longues marches dehors… On s’occupe. On On maintient le cap. On est chanceux; on s’aime et « on s’a »! Mais il faut que je sois honnête, je trouve ça dur de cohabiter en permanence avec la peur et l’incertitude. Je ne suis pas hypochondriaque de nature, et en ces temps de crise, je me surprends moi-même à voir du danger partout et j’ai de la misère à accepter ça.


Je sais qu’éventuellement, tout va rentrer dans l’ordre, que tout « va bien aller », mais c’est vrai que la dernière chose que j’ai envie de faire aujourd’hui c’est de remplir ma demande de chômage.


Je venais tout juste de revenir d’un long congé de maternité et j’étais vraiment heureuse de retrouver mes ailes, de retrouver mon ciel. J’étais en paix avec mon rôle de maman et mon retour au travail. J’étais prête, et franchement, j’avais aussi très hâte de retrouver mon plein salaire. Oh well.

Hier j’avais besoin de prendre l’air. On a profité du prix du gaz pour se claquer un petit roadtrip sans arrières pensées. Même s’il faisait gris. On a chanté à tue-tête dans l’auto. I’m blue ba-da-di-da-ba-da. On a fait une belle randonnée avec le chien et la p’tite. On a compté les arc-en-ciels dans les fenêtres. Et quand le soleil s’est joint à nous, on a pris un spa avec un verre de rosé! On a soupé avec nos amis via facetime. Mon chum nous a concocté une petite poutine maison (au yâble les calories!) et on a fait des colleux en amoureux. C’était une journée parfaite. Malgré tout ça, j’ai encore une p’tite boule en dedans. Et c’est correct. Je l’accepte. J’ai pas d’autre choix. Je sais que ça va passer, je le sens. L’important pour l’instant, c’est de ne pas se laisser submerger par la ‘corona-anxiété’, de continuer de faire de notre mieux, de bouger (‘body, mind & soul’, yo!) et d’accepter que certaines journées seront plus faciles que d’autres. Demain, je me la jouerai Wonder Woman. Aujourd’hui je suis un peu sur les nerfs! Parfaitement imparfaite; tout simplement.

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