• Rédactrice Anonyme

Mon histoire #MeToo

J’ai été prise par surprise. Je ne m’attendais pas à ce que la vague actuelle de dénonciation

sur les réseaux sociaux soit ‘triggering' pour moi, mais me voilà #Triggered.


J’ai longtemps, loonnngtemps repoussé les souvenirs de ma première relation amoureuse. Of course, comme toutes les filles, on veut tellement que ce soit un conte de fées. On ne garde que les meilleurs souvenirs, même après que ce soit terminé…

Et ça c’était jusqu’à la semaine passée.

Je me promenais, comme à tous les jours, sur les story Instagram. Je suis tombée sur l’histoire de Safia Nolin, ce que m’a amenée à la page de dénonciation des victimes de Montréal. Je me suis arrêtée pour lire parce que je suis intéressée. J’ai envie d’écouter ces gens et de les appuyer. Parmi les témoignages, j’en ai lu un qui décrivait une fille de 16 ans en relation dont le sujet était plutôt relié à la ‘coercition’ et aux histoires d’abus de pouvoir. Et c’est là que j’ai cliqué, que je me suis revue. Dans ma relation de 5 mois à moi, du haut de mes 16 ans. Ça m’est revenu dans la face… Pas la version fantastique je m’étais faite, mais la réalité.


Pendant beaucoup trop de temps, j’essayais de me dire que je m’en faisais pour rien, que j’exagérais. Mais là, non. C’est mon tour de raconter mon histoire. La voici.

#MeToo Seize ans, permis de conduire en main, une meilleure amie en or. On était inséparable. Le Vans Warped Tour s’en venait et la St-Jean approchait. Je commençais à fréquenter un de mes amis que je connaissais depuis un bout. Tous les plans étaient réunis pour un été incroyable.

Le 24 juin, ma meilleure amie m’a invitée à un gros party de St-Jean chez son chum. Ses parents n’allaient pas être là. Ça allait être la vrai débauche comme tu sais faire à 16-18 ans. La plupart du monde étaient un peu plus vieux, on soulignait leur graduation en même temps. Je connaissais tout le monde et je me sentais super en sécurité.


Arrivée là, il y avait un gars que je ne connaissais pas. Pis je le trouvais, BEN cute. On a passé la soirée à boire. Les gars fumaient du pot aussi. À un moment donné, le gars en question, of course, a trop bu et il a fini par être malade dans les toilettes. À tour de rôle, tout le monde restait avec lui pour s’assurer qu’il était correct. C’est venu à mon tour. Je me suis assise avec lui dans la salle de bain. On se connaissait zéro alors on s’est mis à jasé. On apprenait à se connaître. (Ok, pause. Vu le nombre d’années passées, je ne me souviens plus trop de la conversation.) Ce dont je me souviens c’est qu’à un moment, on a commencé à s’embrasser et ça a escaladé assez vite. Je lui ai dit que je ne voulais pas faire l’amour, c’était clair. Et aussi que j’avais un chum. Mais my god qu’il était de mon goût! On a quand même finit par faire quelques trucs. C’était ma première expérience à vie.

Après, ma best m’a posé toutes sortes de questions comme toutes les meilleures amies font après leurs premières expériences sexuelles. J’étais mal à l’aise avec ce qui venait de se passer, mais en même temps je me suis dit avec un brin de fierté ‘’ok, mais quelle façon de commencer l’été!’’ Pendant ce temps-là, lui et moi on se parlait à tous les jours. Il était plus vieux, il venait de finir l’école. Un rêve pour une fille de 16 ans tsé : un chum plus vieux!


On s’est revus environ deux semaines plus tard à l’épluchette de ma meilleure amie. Une tradition comme à chaque été. Après le party, on a changé de place et on s’est retrouvé au même endroit que la dernière fois, chez le chum de mon amie.

Ce soir-là, on a tous bu et fumé du pot. À un certain moment, il m’a dit qu’il avait envie d’aller en haut. J’ai dit ok. J’étais un peu naïve, mais il m’avait manqué et j’avais envie d’être avec lui.


Une fois en haut, il m’a dit qu’il me voulait.

Je me souviens très clairement d’avoir dit « Pas ici, on est chez ton ami… Tout le monde est en bas ?!» Il m’a répondu : « C’est pas grave. On le fait où? Ils ne nous entendront pas anyway ».


J’ai dit ok…


Toute mon expérience, c’était avec lui. Je lui faisais confiance. J’avais laissé mon autre chum pour lui. J’avais envie que ma première fois soit avec lui, mais pas là, pas dans ce contexte là.


J’ai dit ok…


Je lui ai demandé si, au moins, il avait un condom.

Il a roulé les yeux et a dit oui, mais qu’il préférait sans.


Pendant que ça se passait, j’étais figée. Je me souviens qu’à un moment donné il m’a dit «Tsé, tu peux bouger ou faire du bruit hein, avec une planche de bois c’est plate.»

Après, on est retournés en bas avec nos amis. Il a fait des high-five à ses chums de gars et ma meilleure amie m’a félicitée. Ce soir-là, je me suis regardée dans le miroir et je me suis dit ‘’Wow. Je ne suis plus vierge. J’ai enfin fait l’amour. En plus avec quelqu’un que j’aime.’’


J’essayais déjà de me convaincre.


Notre relation a duré 5 mois. Cinq mois de : ‘’prochaine fois rase-toi, j’aime pas ça ton poil’’ ou de ‘’ça fini-tu bientôt qu’on s’en aille?’’ quand on soupait avec mes amis. À chaque fois qu’on se voyait, on faisait l’amour, et après il fallait qu’on en parle avec et devant ses amis. Cinq mois durant lesquels je ne me questionnais pas à savoir qui étaient toutes les filles à qui il parlait ou pourquoi est-ce qu’il partait des fins de semaine entières en tournoi de paintball sans jamais m’envoyer de message. Je me tenais parfois avec ses amis quand il n’était pas là, et ça ne faisait pas son affaire. II me demandait toujours pourquoi; ‘’qu’est-ce que je faisais là?’’

Quand je posais des questions à propos de relation à ma best, elle me répondait : « Tsé, il a été avec beaucoup de filles, mais il n’a jamais vraiment eu de blonde. T’es chanceuse dans l'fond. C’est normal. Peut-être qu’il ne sait juste pas comment agir en couple. »


Of course, il y a eu des beaux moments.

Je pense.

Mais honnêtement, au final, ce sont ces moments-là qui m’ont marquée.

Ce n'était pas aussi rose que ce que j’avais voulu me faire croire.


So here I am, saying it for the first time. I am a survivor of sexual abuse and sexual cohersion.

Pis j’espère que ce texte, ça peut t’aider toi aussi, à soit venir à terme avec tes propres expériences, ou ouvrir tes yeux sur le fait que c’est difficile d’en parler sur le moment. Et on le nie. LONGTEMPS.


J'ai envie de te souhaiter bonne chance aussi, et de te dire que c'est important de mettre ton pied à terre quand c'est ça que ta petite voix te dit. La bonne personne, elle va attendre.

Crédit photo : Omar Lopez - Unsplash

120 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout