• Karine Boileau

Un dernier au revoir

Mis à jour : 13 juin 2020


Ça fait un an et des poussières que vous êtes partis et j'ai encore tellement de difficulté à capituler, à comprendre comment je me sens. Je me trouve froide et un peu mêlée.


J'ai beaucoup moins manifesté mon émotivité que ce à quoi je suis habituée. Je ne savais comme pas trop comment faire et comment me sentir devant cette situation douloureuse et nouvelle. On dirait que je me suis délibérément bloquée; j'ai mis mes sentiments de côté, et j'ai continué d'avancer. Tranquillement le temps a fait son chemin et j'ai eu des petites illuminations, des brefs moments de clarté où je ne faisais que ressentir et accueillir. Le deuil, ça ne vient pas avec un manuel d'instructions, un petit feuillet explicatif avec des étapes, des numéros et une liste d'outils.


J'ai culpabilisé.


Comment est-ce que je pouvais continuer ma vie comme si de rien était, alors que vous n'étiez plus de ce monde? Alors que votre corps avait été laissé sans électricité, sans pétillement, et qu'on vous avait dit au revoir par le biais de cérémonies officielles? On vous a enterrés. C'est tellement 'raide' ainsi verbalisé, mais c'est ça.


J'ai réalisé. J'ai pris le temps. Je me suis connectée à vous, et surtout à toi grand-maman. De ton vivant, nous n'étions pas aussi proche que je l'aurais peut-être souhaité finalement, alors j'avais besoin de me confier à toi. Je vous ai parlé à tous les deux, et j'ai attendu.


Et j'ai ressenti.


Je vous ai parlé de ma culpabilité, de mon incompréhension.


En soi, c'est vrai, que votre absence n'a pas fait de gros trou dans ma vie, dans mon 'quotidien' plutôt, disons-le ainsi. Parce que ce n'était pas ça notre relation. Notre relation c'était les soupers de Pâques et les traditions de bas de Noël. La fête des mères et les anniversaires de tous et chacun. Au final, quand on se met à compter, ça fait quand même pas mal hein...


Et comme ça, du jour au lendemain, vous n'êtes plus de ce monde. C'est là que j'ai juste envie de dire "what the **"?!


Votre absence m'a ébranlée, m'a troublée, parce qu'elle m'a laissée avec un gros point d'interrogation et un sentiment de vide. J'ai soif de comprendre. Je suis stoïque devant la 'bizarrerie' de la situation. C'est normal, mais c'est bizarre. C'est logique, mais ça reste déconcertant.


On passe la vie à se faire expliquer (au meilleur des connaissances des vivants) ce que c'est que la mort. On se fait parler du fameux cycle de la vie et de la vieillesse. Et malgré tout, on capote devant nos cheveux blancs et nos rides naissantes. C'est comme si on ne pouvait jamais s'habituer au concept, jamais accepter la réalité de la chose. Et pourtant on rationalise! On comprend qu'une personne quasi-centenaire n'a pas la même qualité de vie qu'un jeune adulte de 20 ans fringant et débordant d'énergie.


Ça reste que quand le corps n'est plus, on se retrouve bouche bée devant la situation.


Je vous aime et vous me manquez. J'aurais tellement aimé que vous rencontriez mon petit bout d'amour. J'aurais aimé voir vos sourires et ressentir votre fierté (clairement démesurément palpable) en rencontrant votre arrière-petite-fille et son adorable petite personnalité bien à elle. -Bon les voilà les larmes, finalement on repassera pour le blocage et le contrôle des émotions.


J'aurais aimé parler de maternité avec toi grand-maman. J'aurais aimé que mon chum puisse prendre une dernière bière avec toi grand-papa. J'aurais aimé vous recevoir à souper, manger des burgers sur le BBQ et juste profiter de l'instant ensemble, tangiblement.


Je dis 'tangiblement' parce que je sais que vous êtes avec moi partout où je vais. J'essaie même d'être une meilleure personne parce que des fois je soupçonne que vous pourriez être entrain de m'espionner. Ça me fait chaud au coeur, ça me fait du bien.


Merci de nous protéger de là où vous êtes. Merci de veiller sur nous et de nous aimer malgré nos short tempers et nos imperfections. Je me demande si vous êtes devenus 'parfaits' maintenant que vous êtes composé de lumière et d'énergie. Clairement. Je vous imagine en blanc, tout beaux et lumineux. Ça vous va bien.


Prenez soin de vous et un jour, on la fera la grande fête dont je rêve. Ne nous attendez pas de sitôt par contre, je compte bien tester votre patience (maintenant exceptionnelle) encore longtemps. J'ai trop de choses à faire sur ma to-do list, ma bucket list et mon 'to-do bucket'!

À bientôt et juste "merci".💙

À vous qui lisez ceci, si vous avez perdu un être cher, acceptez que la démarche peut être longue et qu'elle peut mener à la confusion. Il n'y a pas de recette ou de processus officiel quand ça vient à l'amour et au décès. Chacun fait ce qu'il peut, comme il peut. Il faut être clément et doux envers soi-même, et envers la vie. Le temps est là pour nous amener des réponses et des moments magiques de connexion, souvent inexplicables. Que ce soit dans vos rêves ou lorsque vous êtes en nature, soyez à l'écoute et permettez-vous 'd'être', tout simplement.


Si vos grand-parents sont encore de ce monde, dites leur que vous les aimez et serrez-les très fort dans vos bras. Ils vous aiment et veulent votre bonheur probablement plus que vous ne pourriez jamais l'imaginer.


Avec amour.


KB.

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